Interview Audren

Audren, on s’est rencontrés quand j’avais 17 ans. Je suis venu vers lui au début pour organiser une soirée pour ma structure naissante et créer un buzz sur Paris. Une soirée avec une grosse promo, mon nom partout sur des affiches placardées dans les rues : « Je me suis dis “c’est qui ce gamin mégalo?!”, raconte Audren en rigolant, avant de préciser : Après je t’ai embrouillé pour une histoire à la con. Puis on est redevenus potes. Toi, c’est simple : soit on t’aime, soit on te déteste. Il n’ y a pas de juste milieu ! Tu as du talent et tu es malin. Et je respecte ça. ». Audren a 30 ans. Son travail ? Fabricant de soirée ! Créateur et organisateur d’événement, management et booking artistique. L’interview est lancée.

Comment t’es tu retrouvé dans la nuit ?

J’ai commencé en traînant, j’avais 16 ans, je suis parti habiter chez un ami, une famille de Congolais, en banlieue parisienne. J’avais des problèmes avec ma mère, j’habitais à Paris dans le 18e et je me suis retrouvé à Epinay-sur-Seine et à Saint-Denis, tantôt chez mon ex et tantôt chez mon ami Omar. Il était un peu plus vieux que moi, il commençait à faire des prods à droite à gauche. Il avait 21 ans, j’en avais 16. Comme il était massif, il était videur dans un bar de nuit et moi je glandais à côté de lui. Le patron, un ex-flic corse qui a été l’un des mecs qui a arrêté Mesrine d’ailleurs, m’a dit : « comme tu ne fais rien de ta vie, entre, ramasse les verres ». Ca payait bien, il s’agissait d’un boulot de 10 minutes au Factory. Je sortais énormément. J’étais là-bas tous les jours. La journée je traînais, le soir je sortais sur Bastille ou Châtelet. Bref une culture de rue, Façonnable, Levi’s et Sebago, première sapes des States etc…

Et ensuite ?

Le Factory, la première boîte hip-hop à Paris, commençait à se faire un nom, à s’agrandir, un étage, puis deux. J’ai vu pas mal de gens débuter, des gros DJ d’aujourd’hui, qui commençaient à mixer pas mal d’artistes à leurs débuts. C’était l’époque MTV Base. Il n’y avait pas encore MTV France : les premiers clips US à la télé tu vois. Je me suis fait un gros réseau à ce moment, on était à la mode. Et peu à peu, j’ai commencé à monter dans la boîte, de serveur à barman puis responsable. Ce n’était plus un bar de nuit, mais une vraie boîte ; je distribuais les flyers, je proposais aux gens de venir le soir. Avec mon pote, on était les seuls RP du Factory. Et le Factory a grossi pas mal. J’ai fait ça jusqu’en 2002, j’avais 22 ans. 4 ans de soirées !

Et tes propres soirées ?

Je commençais à me faire un blaze et j’ai donc commencé à organiser mes propres soirées. Je me suis associé avec un mec qui me l’a fait un peu à l’envers. On organisait de grosses soirées, avec 1500 personnes, à Montreuil au Nelson, puis au Factory et au studio 287 qui appartenaient au même boss. Le mercredi on faisait l’Aquarium et le week end, je retournais au Factory. Bref la semaine étais bien remplie, je n’arrêtais jamais !!!

Donc, que fais-tu aujourd’hui ? Qu’est-ce qui te passionne dans ton métier ?

Aujourd’hui j’organise toujours des soirées, je vis et survis de ma passion : l’humain ! J aime voir les gens s’amuser, être bien, passer des moments uniques de délires et faire des rencontres atypiques. Et aussi découvrir des talents aussi éphémères qu’insignifiants, souvent… Ca fait 10 ans que j’organise des soirées urbaines et j’essaie de démocratiser la soirée même si en France il est difficile de casser les barrières sociales. Je rêve d’une soirée où tout le monde s’amuse ensemble, où Jean-Charles rigole avec Mamadou et où Lyu prête son gloss à Sarah ! Des soirées où le DJ enchaîne un Patrick Bruel avec un Jay Z et où les connexions se font ; c’est ce que j’essaie de faire avec la Parisienne. Il y a eu les soirées urbaines Ghetto Rich pendant 5 ans au Madam. Maintenant je suis sur la Parisienne qui prône l’ouverture d’esprit et la diversité ! Quand le bobo rencontre l’urbain. C’est mon slogan.

Qu’écoutes-tu comme musique ?

J’écoute vraiment de tout, ça dépend de mon humeur et de mon activité à ce moment : au sport ça sera un bon rap français ; en club, c’est hip hop US et house ; pour passer une bonne soirée à la maison, du RnB soul, de la salsa, du zouk, de la variété française. J’adore les pseudo chanteuses sans voix mais avec une guitare, je suis très fan !!! J’écoute aussi de l’electro pas trop pointue à la Pony Run Run, idem pour le pop-rock ; enfin, un bon Pavarotti ou du jazz en fin de soirée, c’est pas mal et un bon Sade ou une Ayo ou une Norah Jones pour se finir, j’adore…

Que veux-tu devenir ? Comment tu te vois dans 10 ans ?

Moi, mais en mieux ! Créer de nouvelles choses, innover, être fidèle à moi-même, être reconnu plus qu’être connu je pense. Je me verrai bien en une sorte d’Eddy Barclay des temps modernes et qu’on se disent : « j’ai aimé passer du temps avec ce mec, c’était un bon vivant ! » Et qu’on s’en souvienne longtemps après ! J ai toujours dit que si je n’arrive pas a être reconnu dans mon métier avant 40 ans, je tue un président ! MDR

C’est quoi l’amitié pour toi ?

Quand tu l’as et qu’elle est sincère, il n’y a rien de plus beau. C’est ma base ! Mais la vrai, celle du cœur, je ne la donne pas à tous, déception oblige !

Tes passions dans la vie ?

Ma passion c’est justement la vie, l’amitié, les bons restos, une bonne série, un bon film, la fille au loin qui te fait fantasmer, le jeu de la séduction, l’amour, le sexe, la bonne musique, sortir, clubber, faire du shopping, du sport, visiter et apprendre des trucs, découvrir des lieux et des gens, faire des folies… Bref je suis un épicurien : j aime tout les plaisirs des plus simples aux plus compliqués !

Interview d’Audren par Cédric Fiducia